La honte
- Sofie Charron
- il y a 3 jours
- 4 min de lecture
Vous arrive-t-il de vous sentir fondamentalement « imparfait(e) »? Vous arrive-t-il de vous blâmer pour vos problèmes parce que vous avez l’impression que c’est vous qui n’est pas assez bon(ne)? Est-ce que vous vous empêchez d’avancer parce que vous avez l’impression de ne pas être à la hauteur ou de ne pas mériter certaines choses? Si vous avez régulièrement ce genre de pensées ou des pensées similaires, il est possible que vous soyez aux prises avec un sentiment de honte.
Est-ce que c’est moi le problème?
La honte est une émotion puissante et complexe qui peut avoir un impact profond sur notre vie. Il s’agit d’un sentiment de culpabilité profonde, défaut ou de détresse, souvent déclenché par la conviction d’avoir fait quelque chose de mal, de ridicule ou d’inadéquat. La honte peut être extrêmement douloureuse et nous amener à nous retirer ou à nous isoler des autres.
La honte peut nous donner l’impression que nous devons cacher certaines parties de nous-mêmes; réprimer, ignorer ou passer outre nos besoins; ou encore que nous devons changer radicalement qui nous sommes afin de « mériter » l’amour, le respect ou même simplement la dignité humaine de base.
La honte peut se manifester de différentes façons, tant sur le plan émotionnel que physique. Parmi les expériences courantes, on retrouve le sentiment d’être exposé(e), inadéquat(e), vulnérable ou déficient(e). Sur le plan émotionnel, la honte peut entraîner un sentiment d’inutilité, du doute de soi et le désir de disparaître. On peut également remarquer des rougeurs, de la transpiration, des palpitations cardiaques et des pensées qui défilent rapidement.
Ça semble pénible! Alors, pourquoi ressentons-nous de la honte?
Les êtres humains ont toujours compté les uns sur les autres pour survivre. Même pour celles et ceux d’entre nous qui vivent seuls aujourd’hui, il est fort probable que quelqu’un d’autre ait fabriqué nos vêtements, cultivé notre nourriture, pris soin de nos animaux de compagnie ou de nos enfants et construit notre maison.
Dans les premières sociétés humaines, nous dépendons les uns des autres pour construire et maintenir nos abris, assurer notre sécurité et notre protection, ainsi que pour chasser et cueillir. Être exclu(e) du groupe pourrait alors signifier une mort certaine. C’est dans ce contexte que, d’un point de vue évolutif, la honte a peut-être joué un rôle important dans notre survie.
La honte pourrait avoir évolué comme un mécanisme visant à réguler les comportements humains, en nous décourageant d’adopter des comportements susceptibles d’entraîner un rejet social, comme causer inutilement du tort aux autres, accumuler des ressources ou faire preuve d’indifférence envers le bien-être du groupe.
À petites doses, la honte peut jouer un rôle d’enseignante, nous rappelant l’importance de l’harmonie sociale, de l’humilité et de notre capacité à grandir, à apprendre et à prendre soin des autres. Toutefois, il est possible d’éprouver trop de honte.
La honte chronique (ou « toxique »)
Comme c’est le cas pour bien des choses, la honte peut être plus utile lorsqu’elle est vécue avec modération. La honte chronique peut entraîner un sentiment d’insatisfaction, d’épuisement professionnel, de dépression et des comportements autodestructeurs, comme la dépendance.
Souvent, pour soulager la douleur associée à la honte, nous pouvons éviter certaines situations, devenir rapidement sur la défensive et faire monter les conflits, rechercher constamment l’approbation des autres ou faire une mauvaise utilisation de certaines substances.
La croyance que quelque chose ne va pas fondamentalement chez nous peut également nous amener à ignorer des signaux importants de notre corps, comme la faim, le sentiment de danger ou même ce que nous voulons réellement.
Les expériences vécues durant la petite enfance, les traumatismes intergénérationnels, les influences socio-politiques, les rôles liés au genre, les normes culturelles et les médias sociaux peuvent tous contribuer à l’apparition et au renforcement de la honte, jusqu’à ce qu’elle devienne chronique, limitante et, pour plusieurs personnes, profondément invalidante.
Se libérer des chaînes de la honte
La honte est une émotion humaine normale qui peut avoir son utilité, mais il est important de comprendre l’impact qu’elle peut avoir sur notre vie. Lorsque la honte devient excessive ou chronique, elle peut entraîner des comportements autodestructeurs et avoir des répercussions négatives sur notre perception de nous-mêmes et sur nos relations.
Si vous vivez des sentiments de honte intenses qui nuisent à votre qualité de vie, il peut être utile d’aller chercher du soutien auprès d’un·e psychothérapeute ou d’un·e conseiller·ère. Un espace sécurisé et sans jugement peut vous permettre d’explorer vos émotions et de développer des stratégies pour composer avec la honte chronique.
Voici quelques exemples d’objectifs qui pourraient être abordés en thérapie :
Développer une meilleure conscience de soi afin d’être moins contrôlé(e) par la honte;
Comprendre comment la honte influence notre fonctionnement au travail, dans nos relations, dans notre rôle de parent et dans notre sentiment d’identité;
Développer des mécanismes d’adaptation plus sains, comme la curiosité, l’autocompassion et les techniques d’ancrage;
Utiliser de nouvelles habiletés afin de favoriser une communication plus efficace avec les autres;
Découvrir ce qui compte le plus pour nous et passer à l’action afin de bâtir une vie plus épanouissante.
Si vous avez d’autres questions au sujet de l’information présentée dans cet article ou au sujet du début d’une thérapie, veuillez communiquer avec notre coordonnatrice aux soins, Isabel, à info@charrontherapy.com.


